Il n'y aura pas de représentation à Marignane (Au théâtre hier soir, suite)


Barrez-vous, y a plus de spectacle !


Audio du débat sur RTL consacré à l'affaire Jacques Blondel, retraité de 61 ans, mort assassiné pour avoir voulu s'interposer au cours d'un braquage à Marignane le 22 août 2013.



Florilège d'interventions des polémistes :
Le seul fait que ça fasse débat montre à quel point on est dans une confusion totale des valeurs, la lutte contre l'insécurité, contre ce genre de fait divers effectivement tragique, fait qu'on érige en héros un homme qui a cherché à s'interposer, on est là dans une confusion complète (...)
Se prendre tout à coup pour Rambo... cet homme était certainement très sympathique et sans doute courageux, mais de là à en faire un héros un peu politique, d'une époque, là je trouve que c'est du délire. Il faut revenir à un peu de sénérité (...) La responsabilité des journalistes et des politiques est de lever le pied là-dessus.
 Olivier Picard (journaliste et chroniqueur au Nouvel Obs)

 Cet homme n'aurait pas fait ça, il ne serait pas mort et ces 2 petits voyoux qui avaient braqué un bureau de tabac minable ne seraient pas devenus des assassins.(...)

 Ce que je veux dire, c'est qu'il n'a pas été abattu de sang-froid. Il a été abattu par deux petits voyoux absolument minables qui avaient braqué un bar tabac minable et qui se sont vus aller en taule parce qu'une espèce de dingue avec un bébé dans sa voiture était accroché au fusil. (...) Il n'aurait pas bougé, il ne serait pas mort, on n'en parlerait pas.

Politiquement, je pense que Manuel Valls, qui a raison globalement, joue avec les lignes et les frontières en érigeant en héros, même s'il est infiniment respectable et pitoyable, un homme qui agit comme il ne faut pas agir, ne serait ce que pour se préserver soi-même et les siens.
Claude Askolovitch (journaliste à Bein Sports et Marianne)

Il est descendu de sa voiture avec dans une main une batte de Baseball et dans l'autre une bombe lacrymo, ça n'est quand même pas n'importe qui qui a cet équipement dans sa voiture. Alors soit ça veut dire qu'il était d'un naturel un peu vindicatif soit qu'il vivait dans un quartier où il était soumis à une forte pression.
Philippe Bailly (conseiller en communication)

Bientôt, avec vous, la victime va être coupable.
Jean-Claude Dassier (journaliste à Valeurs Actuelles)

Ce type, ce monsieur, est infiniment pitoyable parce qu'il est mort. Tu ne peux pas l'ériger en exemple. Il laisse une veuve et des orphelins et il a transformé des petits voyous merdeux en assassins, c'est un gachis terrible.
Claude Askolovitch (journaliste à Bein Sports et Marianne)

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Vous comprenez bien qu'il serait particulièrement malvenu qu'il y ait une minute de silence à l'assemblée à la mémoire de cet homme comme on a pu le voir au lendemain de l'affaire Meric.
A propos de cette affaire nous avions écrit ICI que ce malheureux jeune homme était mort par et pour le théâtre, que la loupe grossissante mise sur ce genre d' affaire servait d'étouffoir face à la juste colère qui monte un peu partout et qui n'a rien à voir avec le folklore fascistes/antifascistes qui doit concerner quelques centaines de personnes qui ont trop de temps libre. Nous maintenons plus que jamais.

Que nous dit le journaliste Olivier Picard concernant l'affaire de Marignane ? Que "La responsabilité des journalistes et des politiques est de lever le pied là-dessus", hors de question de transformer cet homme en "héros politique", en "héros d'une époque". Cette affaire ne doit en aucun cas faire sens, il n'y aura pas de Génération Blondel comme il y avait eu une Génération Méric fantasmée à la une de Libé, il n'y aura pas de nouveau héros.

Nous pouvons, nous avons pour devoir même, de crier tout notre saoul dans de grandes manifestations pour ou contre de grandes idéologies abstraites, pour des slogans ronflants, des causes lointaines. Résistance, indignation, tout ce que vous voulez, on peut même aller jusqu'à mourir pour ou contre elles, les grandes causes font les beaux cadavres. Mais pour le concret, au quotidien, dans le réel, il n'y a pas de place pour une réaction des citoyens, ce n'est pas noble, mieux vaut se préserver, penser à ses proches et à sa famille, tout ce que vous y gagneriez serait de vous faire traiter de "pitoyable" par le premier Askolovitch venu ou de désespérer le Nouvel Obs. Vous ne préférez pas manifester pour les sans papiers ? C'est une très belle cause vous savez.

La vérité c'est qu'ils ont peur. 

Non pas peur de la violence économique ou de celle des voyous, celles-ci sont systémiques et ils en sont protégés. Ils ont une peur bleue de la masse, de la réaction des beaufs, des silencieux, des odieux normaux et des braves cocus, ceux qui pour l'instant se contentent de grogner en bout de table le dimanche au cours des repas de famille, dans les commentaires des journaux en ligne ou pour les plus courageux d'entre eux, qui se vident tous les 5 ans dans les urnes. La majorité silencieuse, celle sur la docilité de laquelle tout le système repose, encore trop ignorante de son pouvoir de nuisance et qui risquerait de réagir par identification à la victime du jour. Ce n'est pas le principe républicain bafoué qui leur fait peur dans la notion de citoyens réactifs, se regroupant ou se faisant justice eux-mêmes. C'est l'étape suivante, celle où tout s'écroule devant la furie et où mieux vaut courir vite, ce à quoi on n'est plus trop habitué quand on bosse pour une chaine  sportive qatarie. L'étape qui sonne la fin du théâtre.

A propos de théâtre, le Parti Socialiste, parait-il au pouvoir depuis un peu plus d'un an, se retrouve à La Rochelle pour sa traditionnelle université d'été. Le thème principal de la manifestation ne sera ni l'insécurité ni la crise économique, trop simple, trop concret. Cette université d'été sera donc placée sous le signe de l'impérative lutte contre le Front National. Une lutte entamée il y a déjà trente ans et qui tarde à porter ses fruits. Belle programmation qui laisse espérer toutes les audaces. Si nous ne l'avions pas déjà vu, certain que nous aurions commandé des places.
Les décors seront-ils de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell ?

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