Tranche de vie. Les médecins ces humanistes qui s'ignorent

Hello my name is Dr. Greenthumb
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Il y a quelques années, la vie de Madame Durand a basculé dans un sketch de Pierre Desproges. C'est au détour de quelques examens de routine qu'à son tour elle a eu le privilège d'entendre le médecin s’exclamer "Putaing, c'est le cancereuh !". Depuis elle a appris à coexisté assez peu pacifiquement avec ce nouvel hôte. Les querelles de voisinage sont toujours les pires des conflits, autant dire que c'est à celui qui aura la peau de l'autre en premier. Et vas-y que je te métastase dès que t'as le dos tourné - toi, tu perds rien pour attendre à la prochaine chimio.
Madame Durand est devenue cliente privilégiée de l'industrie pharmaceutique. Elle a sa carte, elle aimerait bien se désengager mais les techniques commerciales sont redoutablement efficaces. Quand ce n'est pas une visite de contrôle, c'est une biopsie si ce n'est pas un scanner, quand à sauter une pillule de temps en temps, n'y pensez même pas. C'est tout le PIB qui s'en ressentirait. En ces temps de crise chacun fait ce qu'il peut pour faire tourner l'économie nationale.
Madame Durand a même une conseillère clientèle attitrée, la même depuis 30 ans. Avant on appelait ça un médecin de famille, on lui faisait confiance mais les temps ont bien changé.

Dernièrement un des nombreux spécialistes dont Madame Durand a le plaisir de financer l'extension de la piscine est parti à la retraite. C'est l'occasion de sacrifier au plaisir de la première consultation avec un jeune confrère. Celui-ci en profite pour contrôler le profil de Madame Durand (celui qui est dans l'ordinateur, le médical, autant dire son meilleur) et pointe immédiatement un médicament en particulier. Comme on ne sait pas trop comment s'attrape ce genre de merdes nous avons préféré en oublier le nom, on ne sait jamais. Nous l’appellerons le Glanduril.
-Je vois que vous êtes sous Glanduril, qui vous a prescrit ce médicament ?
-c'est mon médecin de famille, docteur.
-Étonnant. C'est connu depuis longtemps, ce médicament ne présente que des désavantages. Le moindre n'est pas son prix, il coûte 140 euros le comprimé. De plus il est extrêmement nocif pour votre santé et vos dents. A moyen terme, il endommage irrémédiablement la mâchoire. Il fait partie de ces médicaments dont on dit qu'il vous soigne d'un côté pour mieux vous tuer de l'autre.

Effectivement, depuis quelques temps, Madame Durand rencontre de gros problèmes avec ses dents. Elles cassent les unes après les autres, sans prévenir et elle a de plus en plus de mal à les faire soigner. Conséquence de 6 ans de lutte à plein temps contre la maladie, elle se retrouve aujourd'hui à la CMU et le dentiste (ainsi que le dentiste suivant) refuse maintenant de la prendre en rendez-vous. Comme il lui a expliqué la dernière fois avant de partir en vacances "les soins s’arrêteront ici, Madame Durand. Je ne vous recevrais plus. Moi, les CMU ça ne m'intéresse pas." Elle a juste eu le temps de remettre sa perruque droite avant de quitter le cabinet. C'est un problème de plus en plus courant parait-il, de nombreux spécialistes refusent de soigner les malades qui se retrouvent à la CMU. Un problème qui pourrait bien intéresser nos belles associations progressistes quand elles auront terminé de faire les testings indispensables à l'entrée des boites de nuit, qui elle est un droit inaliénable.

Le jeune médecin reprend :
-Votre médecin de famille ne le sait peut-être pas mais il existe le Metastadinol (nom d'emprunt) qui est fabriqué par un autre labo et qui a le double avantage de couter 5 fois moins cher et de n'avoir aucun effet secondaire. N'hésitez pas à demander de changer la prescription à votre prochaine visite, cela vous soulagera.
Ah j'oubliais, ça fera tant.

Quelques jours plus tard, à l'occasion du renouvellement payant de son ordonnance, Madame Durand retourne chez son médecin généraliste. La même depuis 30 ans.
-Dites docteur, l'autre jour un de vos jeunes confrères m'a mise en garde contre le Glanduril.
-Ah bon, que vous a-t-il dit ?
-Qu'il était responsable de mes problèmes de dents et qu'il risquait de me détruire la mâchoire.
-Effectivement, il a raison. C'est connu d'ailleurs.
-Il a aussi dit que son coût était très élevé et qu'il existe aujourd'hui le Metastadinol qui coûte 5 fois moins cher et qui ne présente absolument aucun danger.
-Absolument ! Très bon médicament.
-Mais docteur, vous le saviez alors ?
-Bien sûr...
-Et vous m'avez quand même prescrit du Glanduril en connaissance de cause ?
-Comme vous avez pu le constater...
-Docteur, à partir de maintenant j'exige que vous me prescriviez du Metastadinol.
-Si vous insistez.
La prestation commerciale continue et comme à son habitude la doctoresse concrétise l'acte d'achat. Au moment de quitter le cabinet, alors que celle-ci la raccompagne jusqu'à la porte, Madame Durand jette un coup d’œil sur sa nouvelle ordonnance :
-Mais docteur, vous m'avez à nouveau prescrit du Glanduril !
-Effectivement, Madame Durand. Bonne journée, Madame Durand et à la prochaine fois. On l'aura ce cancer.



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Bien que tout ceci soit authentique à 100%, nous informons notre aimable lectorat que ces cascades sont effectuées par des professionnels. Pour la préservation de votre intégrité mentale comme physique, nous vous enjoignons à ne pas les reproduire chez vous ainsi qu'à mettre de grands coups de latte au prochain sermenteur d'Hypocrate que vous croiserez.

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